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Conversations d’entrepreneurs #1 | Avec Jeff Carlotti

Jeff est un ami entrepreneur. Nous nous sommes connus via la formation Blogueur Pro d’Olivier Roland, pendant laquelle nous avons été “amis de blogging” : on était en contact plusieurs fois par semaine pour s’entraider à construire notre activité.

Au fil du temps, Jeff a dérivé davantage vers le métier de coach, a créé un site à son nom plutôt que thématique, puis a écrit un livre. J’ai voulu l’interviewer pour qu’il raconte ces changements et expériences. Mais au final, on est tellement partis sur des sujets philosophiques autour de l’entrepreneuriat qu’on n’a pas eu le temps d’aborder tout ça dans le podcast. En revanche, Jeff m’a envoyé des audio pour répondre à mes questions complémentaires. Cet article contient ses réponses.

Pendant l’interview, j’ai décidé de nous laisser dériver, parce que je trouvais que c’était encore plus intéressant comme ça. On a parlé du rapport à l’argent, aux injonctions marketing, de la posture à adopter vis-à-vis de ses clients, de “l’obligation” de se former, etc.

ÉCOUTE CETTE INTERVIEW VIA LE LECTEUR CI-DESSOUS 👇, ou en cliquant sur ta plateforme d’écoute préférée ici (Google Podcast, Spotify, Deezer, Podcast Addict, Amazon Music).

Pourquoi es-tu passé de blogueur à coach ? Qu’est-ce qui t’a attiré dans le coaching ?

La version rationnelle : faire du conseil ne marchait pas pour tous les clients

Les revenus de mon blog Ma Carrière en Main ne me permettaient pas d’en vivre, d’avoir un salaire. La formation d’Olivier Roland a quand même été bénéfique, ça m’a aidé à me structurer.

J’ai suivi une autre formation : la Neuro Business School. Grâce à ça, j’ai réussi à signer 2 700€ mensuels d’accompagnements de clients en conseil.

Le but du blog était d’aider des salariés qui souhaitaient changer de boulot à décrocher le job qu’ils voulaient dans la boîte qu’ils voulaient, même s’ils n’avaient pas le diplôme. Positionnement que j’ai quand même mis un an à trouver.

Pour cela, j’avais créé une méthode de conseil. Elle marchait super bien avec certaines personnes, et pas du tout avec d’autres.

Olivier Roland nous avait déjà parlé de croyances limitantes. Puis j’ai interviewé une personne qui se trouvait être coach professionnelle, et j’ai commencé sa formation.

Le coaching permet d’aider ses clients à travailler sur les “doubles contraintes”

Je croyais que le coaching, c’était se dépasser. Mais le champ des possibles est énorme. C’était deux ans et demi de formation. Ça donne des clés pour aider les gens à dépasser leurs blocages. Même si moi-même je ne suis pas parfait, hein, il y a des situations où je galère. Mais ça m’a permis de questionner les motivations des gens.

Il y a beaucoup d’entrepreneurs qui veulent entreprendre et n’y arrivent pas, pédalent dans la semoule, sans comprendre pourquoi.

C’est notamment à cause de la notion de “double contrainte”. Par exemple : “Je veux entreprendre” mais inconsciemment la personne a la croyance qu’il est impossible qu’une boîte marche. Elle a hérité des croyances de ses parents ou autre et croit profondément que ça ne marchera pas. Elle se retrouve dans une boucle où elle dit qu’elle veut des clients et monter une boîte mais ne le fait pas.

C’est ce que j’ai moi-même fait. Je voulais des clients mais je ne prospectais pas, car pour moi, c’était impossible que ça marche. Si on me dit “es-tu capable de commander un café ?” ou “d’improviser une conférence devant cent personnes”, je te dis oui. Mais dans l’entrepreneuriat, c’était “je veux ça” et en même temps “je crois que ce que je veux n’est pas possible”.

Accepter le problème pour le faire disparaître

J’ai fini par me dire “De toute façon, ça ne marchera pas” et, paradoxalement, ça m’a aidé à me mettre en action. C’est en acceptant que ça ne réussisse pas que ça m’a aidé à réussir.

[Isis] Ça me fait penser aux crises d’angoisse. Le conseil qu’on donne pour y faire face est d’accepter qu’elles peuvent arriver. Car si tu as peur qu’elles arrivent, ça crée de l’angoisse par anticipation.

[Jeff] C’est l’école systémique de Palo Alto. On prescrit le symptôme. Par exemple, à quelqu’un qui n’arrive pas à dormir, on dit “ne dormez pas”. Ainsi, ils arrêtent de se contraindre à dormir et ils finissent par y arriver.

Ça me fait penser au livre “Aimer ce qui est” de Katie Byron et Stephen Mitchell. Il dit que les gens considèrent qu’ils ont des problèmes, mais à partir du moment où ils acceptent la situation, ils n’ont plus de “problème”.

Il y a plein de courants de pensée qui peuvent aider pour prendre conscience qu’on a un problème, pour qu’il ne pose plus problème.

Bref, le coaching m’a aidé à prendre conscience de plein de choses. Par exemple, j’ai accompagné une personne au chômage. Un ingénieur qui avait fait une école d’ingénieur du Top 10 et ne trouvait pas de travail. Je lui ai demandé “Pourquoi est-ce que tu veux travailler ?”. Il est tombé des nues. Mais on n’est pas obligé de travailler. Si demain tu es logé, nourri, blanchi chez ta grand-mère, tu peux vivre sans argent. Tu peux décider de faire ce que tu veux, sans te préoccuper du résultat financier, et voir ce que ça donne.

Le coaching permet de remettre en question ce que les accompagnés prennent pour acquis.

La vraie histoire : c’est le hasard qui m’a amené au coaching

Mais bon, la vraie histoire de pourquoi je me suis dirigé vers le coaching, c’est le hasard. J’ai interviewé une personne qui s’était lancée comme indépendante. Il s’avère qu’elle était coach. Au début, j’ai eu envie de faire cette formation mais il n’y avait  aucun argument rationnel. 

On vit dans un pays où on nous dit de rationaliser. Mais les décisions sont émotionnelles, et on rationalise derrière. Enfin si j’ai bien compris les neuro-sciences. On se prend pour des êtres rationnels alors qu’on l’est pas.

La tendance en France c’est de demander où on se voit dans cinq ans, nos objectifs, notre pourquoi, notre fil rouge. Mais moi, mon pourquoi est vachement plus facile à définir une fois que le chemin est fait qu’avant.

On peut se former juste parce qu’on a envie, sans intention de l’utiliser de façon professionnelle

[Isis] Ça me fait penser à mes formations ésotériques (design humain, astrologie, tarot). Quand je dis que j’ai suivi des formations, on me demande si je vais proposer des choses autour de ça. Parfois, moi-même je me suis posé la question. Aussi parce que les trois formations étaient orientées pour devenir un professionnel.

Mais mon intention de départ n’était pas de le rendre pro. C’était juste un appel. J’ai une curiosité pour ces disciplines-là, j’ai envie de comprendre comment ça fonctionne. Une fois que j’ai compris, je passe à autre chose.

La différence c’est que toi, derrière, tu as effectivement proposé du coaching après ta formation.

[Jeff] Je le présenterais plutôt comme ça : je ne pouvais plus proposer du conseil. Tous mes clients en conseil, je les ai basculés en coaching. Dans ma tête, je ne pouvais pas cloisonner. Si je vendais une méthode mais que je me rendais compte que le problème venait d’autre chose (par exemple : il a peur d’être déloyal vis-à-vis de ses prents), je ne peux pas laisser ça sous le tapis.

J’ai bifurqué dans l’extrême opposé : je suis parti dans le coaching, pensant que faire du conseil, c’était pas bien.

Maintenant j’ai retrouvé un juste milieu : s’il a besoin de méthode, je mets la casquette “conseil”, s’il est bloqué, je mets la casquette de coach. S’il a beaucoup d’ouverture d’esprit (ex : il ne prend pas les choses personnellement), je mets la casquette de superviseur et ça va beaucoup plus vite.

Conseil, coaching, supervision, quelle différence ?

Conseil = méthode

Le conseil, c’est donner une méthode. Tu veux faire un gâteau au chocolat, je te donne la recette.

Coaching = blocages psychologiques

Le coaching c’est si tu as la recette du gâteau mais n’arrives pas à la mettre en pratique. Dès que tu es devant la recette, tu bloques, ou tu ne sais plus où tu as mis la recette, tu es perdu, confus, tu as un problème, et ce n’est pas un problème de méthode.

Supervision = accompagner des accompagnants

La supervision, c’est quand on accompagne un professionnel de l’accompagnement (coach, médiateur, tout type d’accompagnants…), pour l’aider à mieux accompagner ses clients.

Par exemple, le coach peut pédaler dans la semoule face à un client, ne sait pas comment l’aider. C’est un sujet qu’il peut amener en supervision. Ou s’il bloque quand il est devant le client, de pas se sentir légitime pour l’accompagner. 

Ça peut être de la supervision pour la posture du coach.

Comment appellerais-tu un accompagnement dans lequel tu donnes ton avis au client ?

En tant que coach, on n’est pas censé avoir un avis, dire aux gens quoi faire. En conseil non plus : on propose trois possibilités, leurs avantages et inconvénients, et c’est la personne qui choisit.

Donner son avis, c’est plus de l’influence, car qui sommes-nous pour savoir ce qui est mieux pour la personne ? Peut-être que la personne ne trouve pas travail mais que c’est mieux pour elle car risquerait de faire un burn-out. C’est ce que dit le livre de Byron et Mitchell : on ne sait jamais ce qui est mieux pour l’autre.

Deuxième piste de réponse : des fois, pendant les séances d’accompagnement, certaines stratégies qui fonctionnent habituellement ne marchent pas. Là, je ne vais pas faire de l’influence, mais je vais dire “écoute, là, c’est super dense ce que tu me dis, j’ai du mal à te suivre, je me sens pas bien”. Je vais partager mes ressentis, ce que je pense, et lui faire des hypothèses concernant mes opinions : “j’ai l’impression que…”, “mon hypothèse est que…”, “je pense que,…, ce n’est que mon opinion”.

Je vais contractualiser avec la personne : est-ce qu’elle me demande mon opinion ? Si oui, est-ce que je suis d’accord pour la lui donner ?

C’est un sujet délicat car si j’ai spontanément envie de donner mon opinion, c’est qu’il se passe un processus parallèle : le problème du client fait écho en moi mais du coup on n’est pas dans conscience claire en tant qu’accompagnant.

[Isis] Je pose la question parce qu’au début, moi, je cherchais à faire quelque chose de l’ordre du coaching, surtout pas donner mon avis. Je fonctionnais par mimétisme d’un coaching que j’avais reçu. Mais je me suis rendu compte, avec le temps, que ce que les gens venaient chercher en se faisant accompagner par moi, c’était justement mon avis. Je pense que c’est parce qu’elles s’identifiaient à qui j’étais et mon avis venait valider ce qu’elles pensaient déjà mais ne s’autorisaient pas.

Moi je ne suis pas partie dans le coaching, ni la formation de coach, car ça ne m’intéressait pas de me former à des outils. Je préférais y aller au naturel.

Comment gérer ceux qui nous critiquent quand on ne s’est pas formés ?

“Coach” n’est pas un terme déposé

[Jeff] Après, le coaching n’est pas un terme déposé. Tout le monde est coach.

[Isis] Hahaha, ça me fait rire qu’on aborde ce sujet parce que moi je me suis fait allumer par des coachs professionnels qui n’ont pas aimé que je dise qu’on peut faire du coaching sans faire d’école de coach.

[Jeff] Je pense qu’ils sont dans une méconnaissance. Ou elles se disent “elle risque de me piquer ma clientèle et moi qui ai fait une école j’ai peur de ne pas trouver de clients”.

Moi c’est pareil, quand j’ai dit à des coachs de cinquante ans que je supervisais, j’ai bien compris dans leur non verbal et la façon dont ils tournaient leurs questions (“ne crois-tu pas Jeff que..”) qu’ils pensaient que je ne “pouvais” pas superviser sans être certifié.

Ce qui est génial c’est que les premiers coachs/superviseurs, il n’y avait pas de formation pour eux. Donc ceux qu’on vénère parce qu’ils font ça depuis longtemps, n’ont pas été formés…

Si des personnes qu’on considère comme des référents, à qui on accorde crédit, nous disent qu’on n’a pas le droit, ça nous donne l’occasion de travailler notre posture, même si c’est difficile. On se retrouve avec posture vachement plus alignée que la plupart des coachs certifiés qui existent.

Avant les diplômes, les gens ont développé leurs compétences naturellement

[Isis] Pour moi, on est sur un gros sujet : le fait qu’on n’aurait pas le droit de faire si on n’a pas le diplôme. 

J’avais créé formation qui s’appelait Coach Non Certifié. Je veux bien que le titre soit un poil provocateur, mais chaque année j’ai une personne qui m’écrit pour me dire que je détruis le métier de coach en disant des choses comme ça.

[Jeff] Hahaha, tu as beaucoup de pouvoir Isis ! Tu peux DÉTRUIRE un métier !

[Isis] J’ai fait des recherches sur le périmètre de ce qu’est un “coach”. En fait, ça vient du mot “cocher” en français, qui veut dire “transporter quelqu’un d’un point A à un point B”. C’est parti dans le monde anglophone pour revenir en France avec le mot anglais “coach”.

Il y a cette idée qu’il y a une déontologie autour du métier de coach, un encadrement. Mais premièrement, être coach, c’est emmener quelqu’un d’un point A à un point B.

Deuxièmement, avant qu’il y ait toute cette structuration, il y avait juste des gens qui l’ont fait naturellement. C’est pas parce que c’est en train de se professionnaliser qu’on ne peut pas faire comme au début.

Je pense que c’est parce qu’il y a des gens qui ont peur des charlatans. Si tu n’as pas été validé par quelqu’un d’autre, tu pourrais être un charlatan. Mais moi j’envoie une newsletter toutes les semaines, je fais des choses gratuites pour les gens… Quand tu fais ça depuis quatre ans, tu ne peux pas trop mentir, les gens voient qui tu es.

Après, tu achètes, tu n’achètes pas, c’est toi qui vois, je ne suis pas là à t’obliger à sortir ton porte-monnaie. À chacun d’être responsable de son porte-monnaie.

Certification n’est pas synonyme de compétence

[Jeff] C’est pas parce qu’une personne a une certification de coach qu’elle est compétente. Je me suis rendu compte que certains étaient dans l’influence. Il faut quitter l’idée qu’un coach certifié est parfait tout le temps. Il y a des coachs non certifiés plus compétents que certains coachs certifiés.

Et puis si vous tombez sur un coach charlatan, que vous le payez et qu’il ne vous aide pas, ça vous fera monter en conscience : comment est-ce que je peux mieux choisir la prochaine fois ?

J’ai une amie à qui c’est arrivé avec un agent immobilier : il est parti avec le chèque d’acompte de 5 000€. La leçon ici, c’est qu’elle ne s’était pas écoutée. Car elle avait eu une mauvaise intuition vis-à-vis de cette personne.

Pour éviter de tomber sur un charlatan, on peut regarder s’il se forme en continu. À ce moment-là, on n’est plus sur du contenu mais de la posture, de l’attitude. C’est une logique de “j’apprends tout le temps, je progresse, je me développe”. Versus la logique moins développée qui est “tu es compétent ou tu ne l’es pas”. La réalité est plus complexe et riche que les réductions qu’on nous dit que c’est.

Agir avec sa façon naturelle plutôt qu’écouter les injonctions

Livres : j’avais peur d’être narcissique en parlant au “je”

[Isis] Ça me donne envie de faire le lien avec les livres et la posture qu’on peut avoir quand on écrit un livre.

Un livre, c’est expliquer des choses, apporter une information. La question que je me suis moi-même posée c’est “quelle posture est-ce que j’ai en apportant cette information ?”, pour ne pas mentir sur qui je suis et justement être un charlatan.

Je sens que je suis dans ce processus. Je m’étais pris la tête au début quand j’ai commencé à écrire mon livre “modèle entrepreneurial de l’auteur”. Ma posture, c’était “je suis allée chercher toutes ces informations, il faut que je les synthétise”. J’avais peur de parler au “je”, “je pense que”, “j’ai décidé de faire ça” car j’avais peur que ça fasse “moi je”, un côté narcissique et qu’on se dise “ohlala elle fait que me parler d’elle”.

Du coup, j’ai changé ce qui me venait naturellement. Également parce que je me disais que, d‘un point de vue marketing, il fallait que je réponde à telle question, donc que je dise les choses de telle manière. Et que le livre soit concis.

Je suis revenue là-dessus : pourquoi est-ce que je n’ai pas écrit naturellement et pris le titre naturel ? Même si c’est moins efficace d’un point de vue marketing, ça correspond mieux au contenu.

Deuxièmement, c’est tellement plus facile pour moi d’écrire en décrivant mon processus, donc en disant “je” : “moi j’étais dans cette situation, j’avais besoin de ça, donc j’ai fait telle recherche, posé telle question, et voilà les réponses que j’ai trouvées”.

J’ai perdu beaucoup de temps avec tout ça. Je suis en train de revenir à ce qui me vient : je pense que c’est ça ma zone de génie, c’est là que je fournis ma meilleure valeur, quand c’est le plus naturel. Je crois aussi que, d’un point de vue plus spirituel, si j’ai ça en moi c’est peut-être pas pour rien. C’est sûrement que c’est comme ça que je devrais le faire.

Écouter les conseils de ceux qui sont passés par là a créé la peur que ça ne marche pas avec ma façon naturelle de faire

La raison pour laquelle j’ai fait ça, c’est que j’avais peur que ça ne marche pas avec ma façon naturelle de faire. Parce que j’avais lu beaucoup de conseils de personnes qui sont passées par là et me disaient qu’il valait mieux faire de telle ou telle façon. 

Sauf que ces mêmes personnes qui disent ça n’ont pas forcément suivi ces mêmes conseils au début, et elles s’en sont bien sorties quand même.

Dans les formations de coach, on enseigne des outils qui ne sont pas utilisés sur le terrain

[Jeff] Il y a plein de gens qui donnent conseils. Moi, quand je me suis formé au coaching, on nous enseignait un certain outil. Mais quand je voyais le formateur en situation réelle, il ne l’utilisait pas.

Il y a ce mélange entre l’organisme de formation qui, dans le cadre du gouvernement, doit proposer des objectifs et des outils en regard de ces objectifs. Il faut valider que les coachs ont appris ces outils.

Et de l’autre côté, il y a la vraie vie du professionnel, qui ne va pas forcément utiliser ces outils.

Agir, expérimenter, et lâcher prise, plutôt que chercher le résultat financier

Arrêter de chercher à gagner de l’argent, et se concentrer sur les expériences

Moi je pense qu’il faut arrêter de vouloir gagner de l’argent, et plutôt faire les choses telles qu’elles nous viennent naturellement. Sinon on risque de ne pas faire, par peur que ça marche pas.

Par exemple, j’ai écrit un livre. Je ne pense pas le vendre à des miliers d’exemplaires et vivre d’une carrière d’auteur. Mais je vis plein d’expériences que je n’aurais jamais vécues : j’ai contacté trois librairies qui ont accepté mon livre, j’ai vécu le processus d’auto-édition, je vais faire une séance débat dans une librairie qui me l’a proposé…

Faire le deuil des rentrées d’argent par rapport à ses activités, paradoxalement, permet d’être davantage dans l’action et augmenter ses chances d’avoir des résultats financiers.

Être éthique en étant authentique sur son processus, et en annonçant la couleur

Les systèmes multi-niveaux, c’est lorsqu’on enseigne comment vendre, quand on n’a soi-même jamais appris à vendre. Ça, c’est dangereux. Si je viens t’apprendre à vendre, en vendant une méthode que moi-même j’ai achetée à un vendeur, ça c’est pas ok éthiquement.

Mais à partir du moment où on annonce la couleur, ça va. Par exemple, si tu n’as jamais vendu de livre, énonce-le dès les premières phrases, et expliques ton processus. Si tu es allée récupérer des interviews et as fait une synthèse, c’est un travail de journalisme, c’est super.

L’important, c’est l’attitude. Ce que j’appelle la “logique supérieure”. Partager sa méthode, ce qui a marché pour soi, c’est ok. Mais même si j’ai réussi à vendre, qui suis-je pour prétendre que tu vas réussir à vendre ?

Par ailleurs, si ma méthode est démoniaque ou que tu la vois comme ça, jamais tu ne l’appliqueras.

Plein de méthodes existent. Il faut aller piocher ce qui fait écho pour nous. Il n’y a pas de méthode miracle. Chacun a sa vérité, je ne peux qu’inviter les gens à découvrir la leur.

Faire les choses naturellement

Pour mon bouquin, j’ai voulu faire un truc structuré pour que ce soit plus pro. J’ai demandé de l’aide à une amie, qui a fait un super travail. Mais je n’ai pas terminé ce livre, parce que j’avais tout le temps envie de changer de plan.

Pour mon autre livre, j’ai prévu une structure et chaque jour, j’écris ce qui me vient et je laisse. Je date : ça, c’est la pensée à l’instant T. Avec ça, j’écris ce qui me vient, c’est naturel, je ne me contrains pas.

Arrêter d’écouter les injonctions du marketing

[Jeff] Je vais faire une injonction : il faut arrêter d’écouter toutes les injonctions du marketing. Car la conséquence c’est que soit tu ne fais rien, soit tu le fais dans la souffrance.

[Isis] En plus, ça standardise. On travaille moins son unicité.

[Jeff] Je suis d’accord avec toi. Ceci dit, je ne pense pas que l’unicité se travaille. Ce qui se travaille c’est d’arrêter de vouloir être différent de qui l’on est.

On suit les injonctions par peur

[Isis] Tout ça est vraiment très lié à la peur. La raison pour laquelle j’ai eu envie de suivre ces conseils, c’est que j’avais peur que ça ne marche pas. De ne pas générer assez de revenus avec mes livres.

Puis je me suis dit : je suis les conseils parce que j’ai peur que ça ne marche pas sinon. Mais si je suis les conseils, je n’ai aucune certitude que ça va marcher non plus. Quitte à ne pas savoir si ça va marcher, dans un cas comme dans l’autre, pourquoi ne pas faire à ma manière ?

Chercher à contrôler ce qu’on fait plutôt que le résultat

[Jeff] J’ai remarqué chez les gens que j’accompagne que la façon dont on parle est l’origine de nos problèmes. Quand tu dis “j’ai peur que ça ne marche pas”, “ça”, c’est quoi ? Une entreprise, ce n’est qu’un bout de papier archivé à la CCI. L’argent, vous pensez que ça a de la valeur parce que c’est ce qu’on nous dit, mais ce n’est qu’un bout de papier.

Très souvent, on se raconte des histoires mais ce sont elles qui nous bloquent. En quoi on est obligé de faire de l’argent quand on est entrepreneur ?

Vous allez me dire, en niveau de conscience n°1 : “oui mais Jeff, il faut payer des factures”. En niveau de conscience n°2, on va plutôt se rendre compte qu’on ne peut pas contrôler ce qu’on ne peut pas contrôler.

On arrive dans un paradoxe : l’image qu’on nous brosse c’est qu’un entrepreneur c’est quelqu’un capable de générer du chiffre d’affaires. Mais ça ne dépend pas que de toi. Si tu vends du pétrole et qu’il n’y a plus de pétrole, tu peux avoir des clients. Mais si demain il y a plein de pétrole, tu vendras moins ou pas du tout.

On ne peut pas contrôler le résultat de notre travail, seulement ce qu’on fait. Je pense que vous aurez davantage de chances de convaincre quelqu’un de vous donner de l’argent si vous êtes épanouis par ce que vous faites.

Moi, avant, je tanais les personnes jusqu’à ce qu’elles verbalisent qu’elles voulaient travailler avec moi : “t’as dit oui, c’est bon, tu bosses avec moi ? C’est oui ou c’est non ? Rassure-moi.”

Puis je me suis rendu compte qu’il suffisait de faire une première séance avec eux pour que ça coule derrière. J’ai fait un accompagnement de 2000€ pour un client entreprise. À aucun moment il ne m’a dit oui, et on a signé quoi que ce soit. Mais on l’a fait.

Si je n’ai pas d’attente que l’argent entre ou pas, je ne me confronte pas au stress de l’attente du “oui” de l’autre. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas conscient que l’argent est important pour vivre. Mais comme je veux en gagner, je décide d’accepter de ne pas en gagner.

[Isis] Ça me rappelle ce que dit Joseph Alexander, un des auteurs que j’ai lus, dans son livre “Self-Published Millionaire” : quand il a commencé à écrire des livres, son objectif n’était pas de gagner de l’argent. Juste créer un outil pour ses élève de musique. Aujourd’hui, il gagne 60k€/mois avec ses livres. 

Même quand l’intention n’est pas l’argent, celui-ci peut venir, parce qu’on met le focus sur ce qui est vraiment important.

Comment j’ai guéri mon sentiment d’insécurité financière

[Isis] En 2019 et 2020, j’avais beaucoup de sentiment d’insécurité financière. J’avais de l’argent de côté, j’aurais pas fini dans la rue, mais j’avais cette anxiété.

Un jour j’en ai eu marre, je me suis dit “à partir de maintenant je vais faire comme si je gagnais assez”, mettre en place actions qui correspondent à cet état d’esprit : arrêter de compter chaque centime ; quand j’ai envie d’acheter, j’achète.

J’ai fait ce test pendant un mois. À la fin du mois, j’ai fait le bilan : j’avais dépensé seulement 200€ de plus, alors que je m’attendais à une différence de l’ordre de 1000€.

Depuis, je ne ressens plus ce sentiment d’insécurité financière.

Je me sens capable, face à l’écriture de livres, de lancer l’activité, malgré mes peurs. De dire “j’ai juste envie de faire à ma sauce, me faire kiffer”. Si dans six mois j’ai rien vendu, je me questionnerai naturellement, je mettrai en place autre chose.

Le lâcher-prise de la loi de l’attraction versus les actions

[Isis] Ça me rappelle aussi la loi de l’attraction dans le domaine sentimental. Je suis un gars sur Youtube qui s’appelle Aaron Doughty. Il dit que, quand on veut absolument quelque chose, on est dans l’état d’esprit de manque, donc la vibration qu’on envoie est celle du manque, voire du désespoir. 

Dans la vie sentimentale, si on vibre ça, c’est énergétiquement repoussant pour la personne sur qui on projette son attention. Mais ça vaut pour tous les domaines, y compris l’argent : en vibrant le manque, on repousse l’abondance.

[Jeff] Je suis d’accord avec le lâcher-prise sur le résultat. En revanche, ce que je reproche au documentaire “Le Secret”, sur la loi de l’attraction, c’est que ça n’invite pas à agir.

Tu dis “Si dans six mois j’ai rien vendu…”, mais ça dépend ce que tu fais.

À l’époque, quand j’avais ma chaîne Youtube, dès que je croisais quelqu’un dans la rie, je lui demandais de liker ma chaîne Youtube.

Si vous passez votre temps à parler de votre bouquin, mécaniquement, ça ne peut que fonctionner.

Très souvent, il y a des personnes qui veulent entreprendre mais qui n’agissent pas. Moi je sais que maintenant je me force à agir pour que ça produise des effets.

Lâcher-prise sur les actions en envoyant des questions “dans la nature”

[Isis] Ça me fait penser à un autre mécanisme. Typiquement, je n’arrive pas à l’appliquer au domaine sentimental alors que j’arrive à l’appliquer au reste.

Par exemple, au travail, quand je suis en train d’avancer sur mon livre, à un moment je peux me retrouver bloquée : je trouve pas nom de marque pour commander mes ISBN, je n’arrive pas à trouver comment parler d’un truc, je n’arrive pas à trouver le bon plan, etc.

Quand je suis bloquée, au lieu de forcer, j’essaye un peu. Puis si je vois que ça ne marche pas, je ne force pas plus. J’acte le fait que je suis bloquée et que je veux trouver une réponse (trouver le nom de marque, le bon plan).

À partir du moment où je dis ça, je fais autre chose, je vis ma vie, et d’un coup j’ai un nom qui m’arrive ou idée froudroyante. Je lance ces questions en l’air à la nature, à l’Univers. Je me dis “là, je n’y arrive pas toute seule avec mon cerveau, ça ne veut pas”.

Mon hypothèse ici c’est que, par rapport à l’argent, plutôt que de vouloir générer un revenu suffisant, tout de suite penser au salaire complet, on pourrait découper l’éléphant : poser une question plus petite. Par exemple “j’aimerais trouver UN moyen qui me correspond de promouvoir mon livre”.

Et dans le sentimental, au lieu d’être concentré sur : je veux un partenaire, être en couple, ça pourrait être “j’aimerais trouver un moyen de me sentir bien face au conflit”.

Quand on veut à tout prix gagner de l’argent, on n’est pas libre

[Jeff] Le mot qui me vient c’est “liberté”. Quand on veut à tout prix gagner de l’argent on n’est pas libre.

C’est comme quelqu’un qui est tout le temps poli. Est-ce qu’on est poli parce qu’on a été éduqué et qu’on se contraint à être poli ? Pour moi, quelqu’un qui ne s’autorise pas à être impoli n’est pas libre. La liberté, c’est avoir le choix de le faire ou pas.

Je vais finir sur la paix. Pour entreprendre en paix avec soi-même, il faut faire ce qui nous semble juste. Pas forcément écouter tous les conseils marketing qu’on va vous donner dans but de rejoindre le consensus. J’ai envie de vous inviter à entreprendre à votre manière pour laisser exprimer la singularité de tout un chacun.

Peux-tu nous parler de ton livre ?

[Jeff] Le livre s’appelle “Je, tu, nous”. Le nom d’auteur est mon nom complet : Jean-François Carlotti. Il est disponible sur The Book Edition.

Je l’ai écrit en écriture automatique, c’est-à-dire ce qui me vient par la tête. Il n’y a pas l’effort mental de me demander si c’est juste, j’écris comme ça me vient.

Il y a des images, des citations.

Si vous lisez, ce qui est important pour moi c’est que vous prêtiez attention à ce qui fait écho pour vous.

Le livre parle de ma vie d’entrepreneur au jour le jour, telle que moi je la vis. Je suis dans plein de doubles contraintes, j’avance, mais je rame. Je suis passé de 8€ de l’heure à plus de 220€ de l’heure. Je me rends compte qu’outre le résultat financier, là où je prends du plaisir, c’est dans les relations avec les gens.

Le plus beau que l’aventure entrepreneuriale m’apprend, même si c’est dans la douleur, c’est que je crois que les relations entre les gens c’est ce qu’y a de plus important et de plus beau, là où se trouve la plus grande source de bonheur. Pas dans le fait de faire de l’argent, même s’il y a des factures à payer.

J’en ai rien à faire de vendre des bouquins. Par contre j’ai pris du plaisir à échanger avec toi. Je suis vraiment ravi, les échanges que j’ai avec toi sont beaux humainement. Pour ça, merci.

Conclusion

Pfiou, quel échange dense on a eu avec Jeff ! C’était dur de structurer tout ça en article tellement c’était un enchaînement d’idées, rebondissements, et débats !

J’espère que tu auras pu piocher une idée qui fait écho par-ci par-là. Si c’est le cas, n’hésite pas à nous partager tes retours dans les commentaires sous cet article !

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