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Auteur, journaliste et consultant communication dans le vin bio | Interview de Willy Kiezer

J’ai rencontré Willy au Spikeball (mon sport favori du moment). Quand il m’a dit qu’il était auteur et journaliste, ça a touché la part de moi qui s’identifie comme telle. Mais il ne fait pas que ça ! Dans cette interview, Willy Kiezer raconte son parcours, comment il s’est mis à parler de vin bio, comment il est devenu entrepreneur et a développé ses trois activités en parallèle. Il nous livre des informations sur ses revenus, son organisation pour écrire et co-écrire ses trois livres, et donne un conseil aux aspirants entrepreneurs à la fin 😉

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Note 1 : pour le confort de lecture de cet article, j’ai remanié la formulation des informations données par Willy dans son interview sur le podcast.

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Peux-tu nous donner une vue d’ensemble de tes activités ?

J’ai trois activités :

  1. J’aide les domaines viticoles dans leur communication, leur ligne éditoriale sur Internet ;
  2. Formateur en dégustation de vin ;
  3. Auteur et journaliste indépendant en vin, avec mon propre web média “Ni Bu Ni Connu”, et pour d’autres médias.

La première activité représente environ 70% de mon temps.

J’ai écrit trois livres :

Comment en es-tu arrivé là ?

De 2012 à 2020, j’ai travaillé dans le financement d’entreprise (leasing) en tant qu’ingénieur commercial (ou responsable marketing) dans différentes entreprises.

En 2017, j’ai demandé une rupture conventionnelle. J’ai utilisé Pôle Emploi pour financer des formations en dégustation de vin. Ça a confirmé que j’aimais le vin, que j’avais les compétences et l’appétence pour ça.

J’ai créé mon web média indépendant : Ni Bu Ni Connu. Je n’aimais pas parler au “je” et me mettre en avant donc j’ai “recruté” une douzaine de rédactrices et rédacteurs bénévoles pour écrire ensemble autour d’une ligne éditoriale. Ils contribuent au blog, à Instagram, aux livres.

J’ai repris un travail salarié et j’ai développé Ni Bu Ni Connu en parallèle pendant trois ans. Au bout d’un moment, j’étais gonflé par mon boulot salarié.

Fin 2019, je demande une nouvelle rupture conventionnelle et monte ma micro-entreprise. Avec Pôle Emploi, tu peux cumuler les allocations chômage avec ce que tu gagnes, jusqu’à un certain pourcentage de ton ancien salaire. Ça m’a beaucoup aidé, notamment parce que c’était la période du COVID et donc difficile de trouver un boulot ou roder mon business. 

J’en ai profité pour écrire mes deux premiers livres. Dans le vin, il faut avoir une légitimité pour commencer à bosser. Les livres m’ont apporté ça.

Comment as-tu eu l’idée de ton premier livre ?

Le vin et la biodynamie est un manifeste pour la biodynamie, qui assure une protection de la biodiversité grâce à des chartes spécifiques d’élaboration du vin. Il n’existait pas de livres punchy qui rentraient dans le tas de l’agriculture conventionnelle. Or, moi j’estime que c’est ce qu’il faut pour faire bouger les choses.

Je suis issu d’une famille champenoise qui a toujours aimé le vin. Avant, pour moi, tous les vins étaient naturels, des produits de terroir plus ou moins travaillés. En fait, ce n’est pas vrai : certains sont produits avec des pesticides dangereux pour l’Homme et qui pourrissent le vin.

Ce qui m’intéressait, c’était le bio, pas le vin conventionnel, donc je ne parle que de ça.

Quel est le paysage de la biodynamie aujourd’hui, est-ce très répandu ?

Il est bien démocratisé, oui. Ça représente environ 10% des surfaces agricoles françaises, et 17% des vins produits. Ce n’est plus vu comme une agriculture ésotérique. Même les plus grands domaines le font.

Côté médias et livres, on parle beaucoup de biodynamie ?

Il existe très peu de médias qui parlent uniquement de vin bio. Il y a Le Rouge et Le Blanc. Il y avait “Douze Degrés Cinq”, une revue du média 180 degrés, mais elle n’existe plus. À part eux, la majorité des sites parlent de vin conventionnel.

Côté livres, il doit en exister une vingtaine. Moi j’en ai lu une dizaine.

Quelles ont été tes premières actions quand tu t’es lancé dans l’entrepreneuriat fin 2019 ?

J’ai commencé par proposer mes services pour des séances de dégustation à des gens autour de moi. Puis j’ai envoyé mon CV à deux organismes, deux m’ont retenu.

Le conseil est venu naturellement parce qu’un domaine m’a fait confiance pour l’accompagner sur ses réseaux sociaux. J’ai vu que ça marchait donc je l’ai fait pour d’autres.

J’ai fait grandir mes trois activités en parallèle. Certaines ont pris plus que d’autres.

Le consulting prend plus car les vignerons n’ont pas le temps de prendre des photos pour Instagram. Donc il y a un besoin, et j’avais un réseau là-dedans.

Que fais-tu exactement dans ton activité de journaliste ?

Je suis pigiste. J’ai contacté la rédactrice en chef de Terre de vin, qui habite à Montpellier. Je me suis présenté à elle sur Linkedin, on a bu un café, je lui ai offert mon bouquin, et maintenant j’écris pour eux.

Comment fonctionne le métier de pigiste ?

Je fais plus de la rédaction que du journalisme : on me propose des sujets, je dis oui ou non.

Au début, tu te prends plein de remarques. C’est différent d’écrire pour un livre ou blog, où tu as le temps de réfléchir au sujet, et sur une pige où tu dois produire vite. 

Petit à petit, ils te disent que tu peux proposer des sujets.

Chaque fin de mois, tu es payé à la pige : 50€ pour un feuillet (400 à 600 mots). Au début, tu es stressé, tu passes la journée à faire ta pige, c’est pas rentable. Aujourd’hui, à part des sujets complexes, j’écris en une heure, c’est plus rentable.

C’est publié sur leur web média, qui a une audience de plusieurs milliers de lectrices et lecteurs par jour.

Quand tu écris pour les revues (magazines physiques), tu es payé plus. Le travail doit être plus exigeant : ne pas faire de fautes, ne pas se tromper… Il y a plus de recherches, tu vas sur le terrain, en échange tu es mieux payé.

Quelle différence fais-tu entre rédaction et journalisme ?

J’ai commencé les piges il y a un an. On m’imposait des textes. C’était de la rédaction. Par exemple, “donne-moi une définition d’un cépage, pour notre communauté”. Avec la rédaction, ce sont tes connaissances que tu mets sur la table.

Avec le journalisme, il y a plus de recherches, la rencontre avec la personne en face de toi, une information à restituer. Dans mes bouquins, c’est presque du journalisme d’investigation. Ce n’est pas Cash Investigation ou Capital, mais on veut délivrer une information juste et de qualité à des personnes qui n’ont pas cette information. Tu passes du temps sur le terrain, à lire des études scientifiques…

Par exemple, pendant la période des vendanges, on va aux nouvelles, voir l’état d’esprit des domaines, comment va être la qualité du vin, est-ce que la pluie leur fait peur, etc. On va sur le terrain ou on appelle, puis on restitue l’information. C’est souvent pour de gros événements dans le vin.

Tu es quand même payé 50€. Le journalisme classique d’information n’est pas celui qui paye le plus, c’est la rédaction. Mais le modèle économique de la rédaction, c’est souvent la sponsorisation. Tu n’es pas acheté mais presque : tu vas parler d’une marque, d’une bouteille… C’est mieux payé, mais ce n’est pas la même chose que du journalisme où tu n’as pas d’influence. Moi je n’ai jamais voulu faire de sponsorisation, ni pour mon média indépendant, ni écrire des articles sponsorisés pour d’autres. Mais je ne dirais peut-être pas non à l’avenir si ça peut être rémunérateur en temps dur.

Même si tu écris pour une marque que tu aimes, oui, tu es aligné, mais on ne va lire qu’un seul avis. Ce n’est pas indépendant, neutre.

Peut-on s’auto-proclamer journaliste ?

Je n’ai pas fait d’école de journalisme, je n’ai pas de carte de presse, mais je me considère journaliste car j’ai écrit des livres, dans des médias, et j’ai mon média indépendant. Tant que ce n’est pas interdit par la loi, tu peux dire que tu es journaliste.

Ça dépend du milieu dans lequel tu es. Je me suis considéré journaliste indépendant à partir du moment où je faisais pareil que les journalistes qui bossaient avec moi. 

Je ne connaissais pas les piges avant de le faire, c’était un challenge. Ça fait deux ans et demi que je me dis qu’il faut être culotté, tester tout ce que tu as envie de tester. Si ça se trouve, dans un an je ne bosserai plus dans le vin, dans six mois je ne bosserai plus pour des médias. Il faut rebondir, savoir bouger, pas avoir peur de toucher à tout.

Peut-on être considéré neutre et journaliste si on donne son avis ?

Oui, moi je donne mon avis dans les livres. Tu as le droit de donner un avis par rapport à tes croyances et tes recherches. C’est ton livre, c’est personnel, tu as le droit de le dire. Si tu bosses pour un gros média grand public, c’est plus compliqué.

J’ai une personne dans mon équipe de rédacteurs qui est plus engagée, elle a son style à elle. Ça a totalement sa place dans Ni Bu Ni Connu, tant que ça rentre dans la ligne éditoriale.

En quoi ton dernier livre a une démarche journalistique ?

Le livre s’appelle “Comprendre le vin bio”. Notre constat, c’était que les professionnels du vin ne savent pas concrètement définir ce qu’est un vin bio car ils ne savent pas définir ce qu’est un vin conventionnel et ses conséquences sur l’environnement et la nature. Nous avons écrit ce livre pour que le caviste lambda puisse comprendre ce qu’est le bio quand un domaine vient lui faire goûter son vin.

On est entrés dans les cahier des charges des productions bio, dans l’agroécologie (permaculture, agroforesterie, agriculture de conservation des sols, biodynamie…). Puis on a fait une sélection de domaines pour étayer le propos.

Notre leitmotiv c’est que nous, on est engagés, et on a encore besoin de rabâcher. 

La démarche journalistique c’est :

  • Proposer un sujet à l’éditeur, qui accepte ;
  • Définir une problématique, un synopsis, faire un plan (ce qui prend le plus de temps) ;
  • Une fois que tu as ton plan, aller chercher des informations sur des sites officiels (pour nous : les dangers des pesticides, les modes d’emploi sur le glyphosate, etc.) ;
  • Mettre au propre et à l’écrit.

Comment vous êtes-vous organisés pour écrire à plusieurs ?

On était un groupe de cinq : 

  • Un a écrit deux trois petits bouts ;
  • Mademoiselle Jaja a écrit sur les préjugés ;
  • Hélène sur les “Points Viti” techniques ;
  • Claire, du Studio Culotté, qui a fait la couverture et les graphismes ;
  • Moi, qui ai écrit des parties et chapeauté le tout.

Chacun a écrit ses parties de son côté (convenues et définies ensemble), puis on les a imbriquées dans le livre ensemble. En étant “leader” sur ce projet d’ouvrage, c’est moi qui tranche si on n’est pas d’accord.

On voit les différents styles d’écriture, particulièrement celui de Mademoiselle Jaja, qui a une patte. On voit vraiment la différence avec Hélène et moi qui sommes plus sur un ton simple. On n’a pas cherché à homogénéiser, c’est voulu.

Pour les deux premiers livres, c’était plus facile que pour le troisième. Car, pendant le COVID, l’activité était au ralenti, j’avais largement le temps. Pour le dernier, il a fallu bien s’organiser pour mettre des séances d’écriture dans nos emplois du temps.

Combien de temps avez-vous mis à écrire ce livre à plusieurs ?

On a mis un an pour écrire ce livre-là, de la génèse à la sortie. 70% du temps pour les recherches et l’écriture brute. Le premier jet, c’est ce qui prend le plus de temps. Puis 30% pour les finitions : relire, peaufiner…

Pourquoi es-tu passé par des maisons d’édition plutôt que l’auto-édition ?

J’ai trois livres, trois maisons d’édition différentes. Pour le premier, j’ai envoyé mon synopsis à toutes les maisons d’édition des vingt premières pages des résultats de mes recherches sur Google. Deux sont revenues vers moi, j’ai choisi la première.

L’auto-édition, c’est moins motivant pour moi. Quand tu es édité, tu as moins de soucis financiers, rien n’est à ta charge. Comme les éditeurs ont des distributeurs qui vendent ton livre auprès des librairies, tu as l’assurance d’avoir tes livres placés et vendus. 

Avoir mon livre dans les rayons, c’est une carte de visite pour mes autres activités, car ça me permet de dire “J’ai écrit tel livre”. Ça me donne de la notoriété dans mon secteur.

En travaillant avec une maison d’édition, tu apprends, tu es challengé. Par exemple, mon premier éditeur voulait tout sourcer.

Comment as-tu choisi tes maisons d’édition ?

Tu choisis ta maison d’édition en fonction du sujet du sujet de ton livre. 

BBD, c’est la maison pour le média Ni Bu Ni Connu, pas moi en tant qu’auteur seul. 

Omniscience est axée sur des études scientifiques et techniques. 

Plume de Carotte, c’est plus inspiration, voyage, images…

Quel taux de rémunération touches-tu sur les ventes de tes livres ?

Je touche entre 2,5% et 5%, mais je ne fais pas ça pour gagner de l’argent. C’est plus pour la gloire et ma légitimité.

Plus tard, j’aimerais faire du journalisme, être grand reporter pour un média, trouver des financements pour mon média indépendant, être tout le temps sur le terrain, écrire, être rémunéré à ma juste valeur. Tu peux y parvenir en montant les échelons. Tout ce que je fais fait partie de ces échelons, et notamment écrire des livres.

Comment vous êtes-vous organisés pour co-écrire ton deuxième livre : Flâner dans les vignes ?

Je connaissais Audrey, ma co-autrice, par son blog L’Atelier Bucolique. On échangeait souvent sur Instagram. J’avais aimé son premier livre, Voyager Sans Avion. On a bu un café à Paris, et on s’est dit que ce serait cool de rassembler slowtourisme (sa spécialité à elle) et oenotourisme. Pour notre livre Flâner dans les vignes, Audrey s’est occupée de toute la partie touristique, gîtes, recettes, ce qu’il y a à faire autour des endroits sélectionnés. On a voulu faire découvrir des vignobles méconnus, on n’est pas allés dans les grands vignobles connus. Certaines images ont été prises par moi-même.

Avec un livre comme ça, tu n’as pas de pression, tu t’éclates du début à la fin. C’est grand public, tu le vois à la Fnac.

Audrey était la leader sur ce projet, je n’ai fait que l’accompagner. Audrey s’est occupée d’environ 60% et moi 40%. Pour la rémunération, on a séparé avec ces mêmes pourcentages.

Quels sont tes revenus avec les livres et le journalisme ?

Pour les livres, c’est simple : zéro, car tu ne commences à toucher des revenus qu’à N+1 ou N+2. Après tu peux faire le calcul : 5% de 1000 livres à 15€ =750€.

Flâner dans les vignes a été tiré à 3 000 exemplaires, on en a peut-être vendu 2 000 pour l’instant. Pour celui-ci j’ai touché une avance sur droits d’auteur : on m’a rémunéré 1 200€ pour écrire le livre.

Pour moi, les livres sont plus une démarche pour atteindre la carrière qui me fait rêver.

Pour les piges, le revenu est très variable. Ça peut aller de 150€ par mois à 1 200€ par mois. Ça dépend des mois, de ce que je prends, s’il y a la revue…

Quel conseil aimerais-tu donner aux personnes qui se lancent dans l’entrepreneuriat de façon générale ?

Il te fait obtenir une rupture conventionnelle, faire comprendre à ton entreprise que c’est ça ou rien. Ça ne coûte que 1000€ ou 2000€ à l’entreprise, ce n’est rien. Et comme ça, tu peux monter ta micro-entreprise et avoir des aides de Pôle Emploi pendant deux ans. C’est ultra sécurisant, tu n’as pas de pression. Quand on enlève la pression financière, tout va mieux.

Ensuite, il faut oser faire plein de choses, essayer. Moi je ne savais pas prendre de photo, maintenant je suis photographe. Je ne savais pas faire voler un drone, maintenant je sais. Je ne savais pas faire de Reels insta, maintenant je sais. Il faut se lancer, sinon tu ne fais jamais rien.

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